Le bateau s'en est allé. Les Cronos et les Triton ont remplacé les Royal Arctic. Les enfants et les nouveaux containers font connaissance. Le village n'a jamais été aussi bruyant que quand le cargo rapetisse à l'horizon, des cris des enfants et du tambour des containers à moitié vides.
À l'autre bout de l'école, loin des coloriages et des Legos, c'est le camp d'été d'une dizaine d'alcooliques "anonymes", la notion d'anonymat restant toute relative dans un village de 450 âmes. Un des enfants fait la grimace quand on prononce le mot "maman". Anaana. ANAANA. Les coups de tondeuse apparents dans les cheveux en brosse d'un petit garçon concentré sur une partie d'échecs.
Pincement au coeur devant le spectacle du départ d'un vieil ami qui disparaît lentement à l'horizon. On se sent abandonnés. Les bandes d'une vieille cassette vidéo éventrée ondulent dans un courant d'air.
Au magasin, on commence à sortir les fruits frais et chacun joue des coudes dans une farandole qui ressemble à un jour de soldes un peu étrange. Le concombre n'a jamais goûté meilleur. À vrai dire, il a un tout nouveau goût inouï.