Les lendemains de cargo sont un peu des jours fériés ici, tant les activités normales sont désertées. Au magasin pas encore ravitaillé si ce n'est en chips et bonbons pour les enfants, il n'y a plus d'oeufs ni de légumes congelés. Le fromage sophistiqué arrive au compte-gouttes. La caissière compte les bouts de viande comme des jours de prison. Plus que du porc dans les freezers, leur noblesse a eu raison des autres.
Difficile aujourd'hui d'accepter l'ennui si loin de tout et pourtant jamais vraiment seul. Outre le décor, les jours se ressemblent. Le temps est long. Mais le sourire doux et impertinent des enfants assouplit la dureté des heures lentes.
Des supporters qui m'observent à travers la fenêtre de leur salon pendant que je cours dans la salle de sport ce matin. L'installation est flambant neuve en apparence et pourtant une seconde d'inattention suffit à s'électrocuter gentiment sur la machine. La pluie embaume l'extérieur.
L'autre soir, c'est deux gamins qui nous pointaient des fusils au nez par la lucarne de la salle de bain pendant que leurs parents perdaient la tête dans la pièce d'à côté. Sentiment étrange, où est le jeu et où est la réalité? Quoiqu'il en soit, on a pressé le pas avec un air poli et absent.
Ce soir, le soleil est revenu et rend la colline jaune et la mer d'autant plus argent. Accalmie momentanée.